Quelle station de ski ouvrira ses pistes en premier cette saison

Oubliez les images de cartes postales : derrière la magie des premiers flocons, une rivalité féroce s’installe chaque automne dans les coulisses des massifs français. Avant même que la neige ne recouvre les pistes, chaque station affûte sa stratégie pour décrocher le titre convoité de première à ouvrir aux adeptes des sports d’hiver. Sous cette apparente course à la convivialité, c’est une véritable guerre de notoriété et d’attractivité qui se joue. Mais pourquoi ce besoin d’être le premier du peloton ? Qui tire profit de ce sprint blanc ? Voici ce qui se trame vraiment derrière les banderoles d’ouverture et les canons à neige déjà en ébullition.

Le signal de départ : une compétition à couteaux tirés

Dès les premiers flocons, les stations de ski déclenchent une compétition sans merci. L’enjeu : être celle qui accueillera les premiers skieurs de la saison. Ce sprint ne relève pas d’un simple caprice d’organisation. Il s’agit d’un vrai levier d’image et d’un pari sur la fidélité des amateurs de glisse.

Pierre Léonard, à la tête des Deux Alpes, plante le décor sans détour : « Pour nous, ouvrir les premiers, c’est montrer qu’on est opérationnels avant tout le monde. Les skieurs retiennent qui est sur le pont le plus tôt. » Les équipes, elles, vivent ce moment comme un challenge collectif, où chaque préparatif compte et le moindre retard pèse lourd.

Derrière le rideau : pourquoi viser l’ouverture anticipée ?

Au-delà du prestige, ouvrir avant les autres répond à des enjeux bien concrets. En lançant la saison plus tôt, une station attire d’emblée les vacanciers les plus impatients, ceux qui guettent la première fenêtre météo pour enfiler les chaussures de ski. Et allonger la durée d’exploitation de ses pistes, c’est aussi s’offrir une place de choix sur la carte des destinations européennes les plus dynamiques.

Mais la stratégie n’est pas sans revers. Jean-Marc Silva, qui coordonne France Montagnes, préfère rappeler la réalité du terrain : « Vouloir ouvrir trop tôt peut se retourner contre soi. Si la météo n’est pas de la partie, la déception guette, et certains touristes ne pardonnent pas. » À trop miser sur la précocité, on risque parfois de laisser une mauvaise première impression.

Ouvrir, oui… mais à quel prix ?

Choisir la bonne date ne se limite pas à guetter les prévisions à la loupe. C’est un exercice d’équilibriste où chaque paramètre compte. Il faut composer avec l’enneigement réel, les chantiers de dernière minute, les événements programmés dès l’avant-saison ou encore les attentes des professionnels du tourisme. Chaque décision engage des équipes entières et conditionne l’ambiance de toute la saison.

Pierre Léonard le répète d’ailleurs à ses équipes : « Il ne s’agit pas seulement de prendre de vitesse les concurrents. La vraie priorité, c’est d’offrir une expérience sûre et agréable. Ce n’est jamais simple de trouver le bon compromis. »

Le verdict de cette course effrénée ne tombe qu’au dernier moment. Qui sera sur la ligne de départ avant les autres cette année ? Impossible de le prédire. Une certitude, cependant : la montagne ne se laisse jamais totalement apprivoiser, et chaque saison remet tout en jeu. Voilà un suspense qui ne se démode pas.

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